• émancipation
  • Points de vue

  • Muriel de Saint-Sauveur

l'émancipation est un processus non un objectif

Lorsqu’on prononce le mot Emancipation chez les femmes, on pense immédiatement à Olympe de Gouge, qui avant de vouloir donner la liberté aux femmes, voulut la donner aux noirs en 1790, aux pionnières du XXème siècle comme Simone de Beauvoir ou aux philosophes du XXIème, comme Elisabeth Badinter, qui déconstruiront toutes les deux, à leur manière, les rôles du masculin et du féminin. Mais est-ce cela s’émanciper ? S’émanciper et ainsi se libérer d’une tutelle, de l’Etat, de la famille ou des stéréotypes et acquérir sa liberté.

L’émancipation commence toujours par une loi, c’est un acte juridique, c’est donc dans le cas des femmes le politique qui libérait de leurs chaînes ces êtres de second rang ou tout autre personne considérée comme telle.

Aujourd’hui dans notre pays, tout comme en Europe, les lois existent même si elles ne sont pas toujours appliquées. On pourrait ainsi dire que l’émancipation des femmes européennes est terminée, elles ont toutes le droit d’exister, de voter, d’être une personne à part entière. En Europe en tous les cas, elles n’ont plus de chaînes visibles.  Et pourtant si elles représentent 50% de l’humanité, elles ne participent à son développement qu’à hauteur de 37%. Alors l’émancipation suffit-elle à faire des femmes des êtres à part entière ?

L’Emancipation va de pair avec la co-éducation

L’émancipation n’est qu’un premier pas d’un long chemin. Ce n’est pas un objectif, c’est une porte ouverte. Est-ce à dire que l’émancipation ne peut vivre en solitaire. Et ne peut s’adresser de la même manière à toutes les femmes ? C’est bien le cas lorsqu’on observe l’évolution de la société. L’émancipation pour être efficace et utile, doit et devra encore plus dans l’avenir, être accompagnée de la formation, de guides, et de la collaboration entre jeunes et moins jeunes, elle va nécessiter de la co-éducation. Si l’on en croit les experts, 85% de notre économie actuelle n’existait pas il y a 15 ans. Et un tiers des métiers de 2030 nous est inconnu. C’est donc une émancipation encadrée, soit un oxymore, que l’on devra mettre en place d’ici peu afin que trop de femmes ne soient laissées de côté. Plafond de verre d’un côté pour certaines, mais sous-sol gluant pour d’autres si l’on n’y prend pas gare.

C’est dans ce contexte que surgit une nouvelle génération, la Génération Y, rejointe aujourd’hui par la Z, toutes deux connectées, internationales et paritaires.

Leur émancipation passe aussi par ces nouveaux outils mais de nouveau sans éducation et sans formation, une partie de la population peut rester sur le carreau.  L’Intelligence Artificielle dont on nous parle dans de nombreux débats, les robots remplaçant les humains, le « big data », le « deep learning », la « Block Chain », qui comprend cela sans formation, sans explication, sans décodage.

L’émancipation suppose accès au pouvoir

Or il y a un grand changement au sein de ces générations. Emancipées de toutes chaînes dans les démocraties, libres de toute autorité, elles revendiquent quant à elles une autre valeur: celle de l’émancipation par le pouvoir. Elles n’ont plus peur de ce soi-disant vilain mot, elles envient des femmes comme Sheryl Sandberg actuelle Directrice des Opérations de Facebook qui leur lance un message à travers ses discours, ou Nathalie Loiseau, nouvelle Ministre chargée des Affaires Européennes qui dans son dernier livre* les poussait à tout vouloir.  Elles créent leur société si le groupe dans lequel elles font leurs armes ne répond pas à leurs attentes et revendiquent la liberté de dire haut et fort ce que nous pensions tout bas.

Elles sont investies d’un pouvoir grâce aux technologies qui les rend imaginatives et créatrices à 10 ans, populaires à 20 ans et éditrice ou directrice de blog à 25 avec 25 000 followers. Ce qui est nouveau réside dans l’individualisme de ces groupes, ni mouvement ni collectif pour développer le pouvoir des femmes, mais de multiples idées générées par des groupes d’amies qui se lancent.

Elle se lancent car elles ont désormais une ambition affichée clairement. Une étude du cabinet Opinion Way1. portant sur 1354 femmes âgées de 25 à 30 ans démontre que 85% d’entre elles veulent viser plus haut que leurs mères. S’il est encore difficile de tout combiner, elles affichent cette ambition de vouloir à la fois une vie privée et une vie professionnelle harmonieuse. Et surtout le mot ambition ne les effraie plus car elles ont le pouvoir de décider et de choisir.

Emancipation, ambition et pouvoir, ce sera le nouveau trio des femmes du XXIème siècle.

Muriel de Saint Sauveur
Présidente de Women masterclass

  1. 1 Opinion Way : Etude 2015