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nœud(s)

"Lorsque l'information se substitue à l'ancienne relation, lorsqu'elle-même cède la place à la sensation, ce double processus reflète une dégradation croissante de l'expérience. Toutes ces formes, chacune à leur manière, se détachent du récit, qui est une des formes les plus anciennes de communication. À la différence de l'information, le récit ne se soucie pas de transmettre le pur en soi de l'événement, il l'incorpore dans la vie même de celui qui raconte pour le communiquer comme sa propre expérience à celui qui l'écoute. Ainsi le narrateur y laisse sa trace, comme la main du potier sur le vase d'argile."

Walter Benjamin [1], Essais 2, p. 148, Denoël Gonthier, 1983. 

En 2017, j’ai clôturé mes huit contributions à la revue du CUBE par un neuvième texte qui contenait en liens mes contributions précédentes comme une boucle à boucler. Mais il manquait encore à ce “loop” un nouage. Le voici à travers ce qui n’est pas vraiment une préface ni une postface à cette série mais un point de croix.

Dans son texte sur L'analyse avec fin et l'analyse sans fin, le créateur du dispositif analytique pose que « gouverner, éduquer, analyser » sont des “jobs” (aurait dit Lacan) avec pour destin l’échec. Serions-nous réellement passés depuis 1937 du « mythe » freudien à “meetic” ? J’ai tenté ici même une autre sonorité vivante face à cette mise à mort du passé dont la technologie serait pour certain(e)s l’algorithme. Une application pourrait, dans certaines cultures et croyances, remplacer jusqu’à l’acte créateur : Ctrl-Alt-Suppr les échecs.

Retour à l’origine de mon récit, nous sommes en 1987, l’ignorance règne sur le Festival des Arts Électroniques de Rennes tout autant que sur l’apport de l’année 1967 depuis Bordeaux avec le Festival SIGMA pour l’histoire présente des arts médias.  Pour moi, renouer avec ce champ culturel est un échec fondateur en 1997 qui motivera ma rencontre avec un scénographe visionnaire à Paris.

2017, j’ai enfin compris les mots du scénographe Jacques Polieri sur le fait que la scénographie [2] est une affaire trop sérieuse pour la confier aux scénographes . J’étais donc voué à jouer aux échecs si je voulais poursuivre dans cette voie. En 2007, je me suis embarqué dans une analyse qui m’a tout de même permis de prétendre éduquer et gouverner face aux enjeux du spectacle qui nous environne.

C’est de ça dont est fait le(s) récit(s), d’une analyse, d’une éducation, d’une gouvernance du langage, quelle qu’en soit la langue. De l’ère mécanique au temps de Freud à l’ère électronique à l’époque de Lacan, notre environnement digital face à l’IA n’en sera que plus troué par une obscure poussée dont l’écriture n’est nullement une nouveauté technologique.

Dans les dispositifs et les fictions qui se mixent sur nos écrans se jouent à mon sens comme sujet, l’objet de nos sens, l’essence même des générations plus que jamais virtualisées face à la réalité de la mort. Et si nous sommes toutes, et tous, identiques face à ce temps, il n’en est pas de même pour notre expérience de l’espace.

Parce que j’ai plus appris en navigant à 360° sur l’eau que dans les casques de VR, j’ai décidé de fabriquer un bateau en forme de chantier participatif qui va reposer la scène numérique après quelques grands récits fondateurs. Ce sera le prochain week-end du 11 novembre, juste vingt ans après avoir rencontré à cette date Jacques Polieri.

Je vous invite dès maintenant à ce matelotage augmenté pour un Hackathon Scénographie qui aura lieu en Île-de-France et dont l’idée a germé en tentant de répondre à cette dernière invitation du Cube. Si les vents de la créativité nous sont favorables, avec les courants contemporains, cette nouvelle aventure devrait nous porter jusque sous les remparts du château de Kafka l’année prochaine.

Mais en attendant, nous sommes aujourd’hui un 6 mai 2018 et vient de décoller depuis la terre un “Insight”, vers Mars pour sonder le cœur de cette planète, dont le nom anglais nous renvoie bien à une autre insondable captation qui reste ultime pour les Êtres. Seuls les mots nouent encore les cœurs.


Franck Ancel


[1] Je fêterai mes 20 ans de rencontre avec Passages en hommage à Walter Benjamin de Dani Karavan, à la tombée de la nuit du 26/27 septembre 2018, dans l'œuvre même à la frontière franco-espagnole.

[2] Quinze ans après avoir coordonné la journée d’étude Scénographie et Technologie à la Bibliothèque nationale de France, j’ai produit une seconde journée marathon Scénographie & Technologie à Paris.