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raies (de) si

Drôle de marche. Quelle est cette allure ? Dégaine ? Dégaines ton histoire, rengaines tu sifflotes, matelote. Mate l’autre ? Maté, mater, matar. Trop tôt peut être. Loup est-ce terne ? Vite, mon charge heure ! Vous avez senti ce pole haine ? C’est pas intentionnel, juste mécanique. Comment ça ? Pas les yeux en face des trous. Des trousses ? Qui à mes trousses ? Me faut du sucre, quelques extraits de bête rave. Rêve diurne. Eve dit urne ? On vote en scénars ? Ouf, ça va trop vite, capricant. Bouton vitesse 0,75.  

Le récit comme propriété émergente. Mais qui a commencé, le programme ou l’matos ? Que la poule ponde, que la houle onde. Terres en vue ! Terre en bulle. Sym pathie, syn chronie, syn archie ? A quel syn se vouer ? Faut-il seulement un méta-programme ? L’unité tranchante et la bulle du zéro. A se demander sur quel pied danser ! Mais possible que dans le nuage on ne puisse avoir pied. Quelle est la hiérarchie du nuage, attendu le peu de prise de la gravité ? Nu âge, âge nu. Ce n’est pas tant une destination qu’un cycle écologique. Fées du logique. Dorée mifa sol. Chantons sous la pluie. Nuage sur le retour. Tourne-disque. Sol air.  

Hum, la vitesse est revenue à 1,25 ou un syn qu’hante. C’est très danse tout ça. Et dire qu’on né fleur seulement la surface. Faut-il organiser de nouvelles communions ou les laisser émerger de toute pièce ? Architecture digitale de l’initiation par le mot, un à un, à l’initiation du parcours. Autant de temples, ô temps de temples. Parler dimension, de la mesure en arpentant. Un parler don le mot-brique n’est plus la matière première, l’unité de base, mais dont le parcours, le cheminement, l’ambiance, sont les modules premiers. Migrations saisonnières.  

Alors faut-il considérer le récit comme fixe, telle une tradition « pure » dont sa valeur tiendrait à sa fixité, au fait d’échapper à l’impermanence ? Est-ce que le récit est une carotte qui nous fait avancer en bourriquets ? Est-ce que le récit est un briquet qui nous enflamme ? Est-ce une forme d’oxygène informationnelle ? Tant de questions… On réécrit sans cesse l’histoire. Et la transmission n’étant pas un copier-coller, il y a variations. Et même si la copie était parfaite, elle s’inscrirait toujours dans un contexte différent qui aboutirait à des émergences de propriétés différentes. Je veux dire, on place une carotte dans une assiette et cette même carotte dans un chausson, les impressions seront plutôt divergentes, non ? Parce que même dans des situations flirtant avec l’absurde survient ce sens, ce désir, cet instinct, ce programme qui relie ce qui semble séparé.  

Parlant métaphore - ces enchevêtrements de récits dont nous sommes faits – ne tissons-nous pas une toile comme les araignées entre deux feuilles, deux tiges, deux éléments épars ? La prouesse technique de ces récits vaut alors aussi pour prendre au piège ou, dans un champ lexical plus doux, récolter ce que les vents pourraient nous amener. Une respiration d’ordre existentielle en sorte. Mais ici finalement nous narrons des effets du récit. Narrer la narration. Une boucle ou un détour qui peut aboutir à changer nos perceptions mêmes sur de futurs wagons-récits auxquels on pourrait s’accrocher. Ne serait-ce pas un peu comme à force de romantisme exacerbé on arrive à tuer l’amour, par trop d’espérances rapport à la réalité de nos conditions ? Point d’inquiétude cependant, regardons le pissenlit qui, malgré béton et arrachage forcené, arrive coute que coute à pousser et égrainer envers et contre tout. Que nenni, ce n’est pas du romantisme mais de la pure observation de terrain.  

Voyez, depuis tout à l’heure on se promène d’une scène à une autre, des fresques pittoresques en métaphores naturelles. Pas besoin de suivre jusqu’au bout chacune des figures de style, nous ne sommes ici que dans l’évocation de passage. Le si et le ci. Les possibles et les extraits, les coupures pour collages, patchwork à notre image et mouvant. Chaque histoire amène un fil sur lequel notre regard se pose et notre esprit suit. Jadis, le linéaire était distrayant et reposant. Dans le flottement des vagabondages mentaux, poser sur la table un fil était un cadeau. Mais il est vrai qu’aujourd’hui - surabondance de fils - nous naissons dans une pelote et avons du mal paradoxalement à garder le fil. Le linéaire conserve sa force évocatrice mais son effet semble estompé en partie. Il nous faut peut être des recoupements, d’où l’hybridation. Il nous faut peut être aussi des cycles d’où les séries. Exigence de scénarios « produit-finit » ou interactions et interventions progressives ? Jeux vidéo impliquant des choix sur le cours des évènements, ou cinéma impliquant l’observation et l’écoute d’un bout à l’autre ? Ah et surfons un peu sur le domaine de la connaissance.  

Jamais dans l’histoire on a eu autant accès aux savoirs de toute part. Et pourtant, comme on ne peut manger sans fin, on ne peut - contingence oblige - digérer de l’info « vers l’au-delà et l’infini » dixit Buzz. Faut-il après la mode du fast-food et fast-learning promouvoir aussi à côté en circuit parallèle du slow-learning ? Oui, nous pouvons ingurgiter à toute allure les savoirs d’un domaine sur une période de temps restreinte, mais nous pouvons aussi apprendre à notre rythme. Est-ce que la lecture des textes de Tchouang-Tseu a nécessairement besoin d’être exécuté en un jour ? Est-ce que prendre dix ans pour le lire vaut moins ? Non. Ah mais oui, parfaitement, il est possible que telles les saisons climatiques nous fonctionnons nous aussi par cycles.  

Vous vous imaginez produire une petite peinture existentielle dans votre atelier tranquillement et sans prétention, puis d’un coup tout le monde se met à admirer votre récit pictural, ou verbal, ou dansant. Est-ce là la réussite d’un récit, la quantité de vu/lu/su et la starification, une idolâtrie moderne ? On se verrait dépossédé de son œuvre presque. Le récit a sa propre vie certes. Hmm et je ne peux m’empêcher d’entendre « récif » à chaque répétition du mot « récit ». Le récit, corps à liens ? Voyez que sans même partir dans le développement d’un tissu narratif de longue haleine - marathon de mille pages en taille trois - chaque mot peut être un poème, un carrefour de la pensée et de l’existence. Qu’importe qu’on en ait conscience ou pas, d’ailleurs ! Oui, haut et fort, tous les récits ne sont pas d’ordre conscient. Ne voyons pas en eux des drogues cherchant à nous stimuler en permanence (ou à nous endormir). Mais nous ne sommes pas juge, chacun module à sa façon ses récits et ses perceptions/actions, car le récit ce n’est pas que de l’ordre de la simulation ou du doublon, de la représentation, c’est avant tout le cours de la vie de chacun, en actes et dans les recoins singuliers de chaque individu. Un curriculum vitae non motivé par un objectif d’embauche, attendu que, vivants, nous sommes déjà embauchés, si l’on peut dire.


Valentin Kyndt