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plus belle la vie responsable

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Depuis longtemps Bernard Stiegler le martèle, « Dans une société de consommation, les individus n’ont aucune responsabilité » (entretien OuiShareFest 2013). La notion de responsabilité refait surface et peau neuve. Le citoyen consommateur voulait « consommer responsable », il veut maintenant voter responsable. Connais-tu cette espèce en voie d’apparition ? interroge un magazine destiné au 12-15 ans, CRACS, le « Citoyen Responsable Actif Critique et Solidaire ». Des formations sur la notion de citoyen responsable concernent toute personne désireuse de prendre sa vie en main et de construire pour lui et les siens une vie plus sûre et plus agréable. Une vie plus agréable où « Plus belle la vie » ne passe plus obligatoirement par la consommation. C'est ce qui déroute les pouvoirs en place qui depuis plusieurs années ont pensé la gouvernance en terme de réussite économique. Le citoyen consommateur devait trouver son bonheur dans la croissance, avec l'objectif d'un pouvoir d'achat en progression. Erreur. « Le soulèvement face à la loi El Khomri en est le énième symptôme : les citoyens de ce pays ne veulent pas subordonner leur vie à l’économie et l’économie seule » écrit Diana Filippova dans son article « Une loi travail pour le XXIe siècle » paru dans le magazine Ouishare . Être responsable (respondere : répondre), c'est pouvoir répondre. Hors, le citoyen cesse de se reconnaitre dans une démocratie où il ne peut plus répondre des décisions qui sont prises. S'il laisse faire, il implique sa responsabilité, « qui ne dit mot consent », il devient complice de ce qu'il désapprouve. D'où le nombre croissant de pétitions faces à des lois non acceptées et la demande, de « prendre part à la table des décisions » pour reprendre l'expression du mouvement #MaVoix.


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La responsabilité versus assistanat : se prendre en main

Longtemps, on nous a psalmodié que le modèle social français était un des joyaux de la couronne et qu'il fallait à tout prix le préserver. Il suffit d'écouter ce besoin d'agir et de s'exprimer monter de la place de la République où Nuit Debout a attiré la foule pour comprendre que ce modèle est en train de changer. Nuit Debout s'est répandu en province et à l'étranger, avec la même viralité qu'Occupy Wall Street et les Indignés. Il est illusoire de chercher un porte-parole. Les manifestants n'ont pas de meneur, de Responsable avec un grand R, mais des valeurs. Parmi ces valeurs : la responsabilité. Avant la responsabilité était déléguée. A un gouvernement, à une hiérarchie, à une autorité compétente. Mais depuis l'époque des makers, la responsabilité est partagée. « Agir avant de réfléchir » est le slogan qui circule. Les makers, dont la philosophie est déclinée par les Fablabs, ont donné le goût de prendre en main les outils, et de se prendre en main. A la responsabilité individuelle, fait place une responsabilité collective choisie, où des citoyens qui se reconnaissent dans les mêmes convictions s'assemblent pour porter une action commune dont ils pourront répondre car ils l'auront co-construite. La notion du « co » déjà très présente depuis l'économie collaborative est devenue incontournable. Les partis politiques traditionnels, à de rares exceptions près – citons Génération Citoyens et La Primaire des Français - poursuivent dans la voie de la déresponsabilisation du citoyen en continuant à l'exclure de la gouvernance et à penser pour lui, avec la pratique récurrente de l'odieuse petite phrase « Les français veulent que… les français sont attachés à... ». Hors, « les français » sont de plus en plus conscients de l'usurpation de leur pouvoir au fur et à mesure qu'ils s'exercent concrètement à l'action et à la décision avec des méthodes d'intelligence collective.

Intelligence collective, responsabilité collective

On peut parler de l'effet Nuit Debout. La manifestation a enfin attiré l'attention sur les milliers d'initiatives en France et dans le monde qui sous le label de « civic tech » ont pour objectif de proposer un autre système de gouvernance. C'est toute l'agilité de la société civile et des digital natives qui se déploie sous nos yeux. Le pouvoir d'aller vite, et bien en collectif, réseaux, collaboration, connexions, échanges, wiki, tumblr, web TV… ringardise nos processus politiques. Ces futurs responsables plutôt bien organisés cherchent parmi les outils Open Source ce qui conviendra mieux à la gouvernance contributive. On teste les plateformes et les algorithmes. A Nuit Debout, c'est une plateforme de propositions où chacun peut déposer la sienne et voter pour celle des autres. http://questions.nuitdebout.fr On s'assure que chacun puisse prendre la parole. On se rencontre dans la vraie vie. Un bouillonnement bienveillant. Nouvelles valeurs : la bienveillance, l'empathie, le care, le soin et l'attention portée à l'autre. « Parce que rester chacun dans son coin nuit fortement au bonheur d'exister » écrit Antoine Brachet, co-fondateur des 100Barbares. Avec la responsabilité, vient l'horizontalité. Nuit Debout, #MaVoix, les 100Barbares ont en commun de revendiquer une responsabilité collective, sans Leader. Le contraire de l'Homme Providentiel. Face à l'irrépressible montée du citoyen responsable, la frange la plus évoluée de la gouvernance poursuit avec une persévérance méritoire l'acculturation de son administration. Les hackatons se multiplient, jusque dans la Cour des Comptes. La mission Etalab et le SGMAP, Modernisation de l'Action publique ont concocté une plateforme de co-création avec des propositions citoyennes pour l'évènement Sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert à Paris 7, 8 et 9 décembre 2016. Le citoyen responsable, valeur montante.


Janique Laudouar