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apprendre à coder pour rester maître de son destin

En réfléchissant aux nombreuses initiatives citoyennes qui, grâce au numérique, font émerger des projets innovants pour améliorer notre société, une image s’est figée dans mon esprit. Celle de ce jeune de Montreuil, fier de faire voler le mini drone qu’il venait de construire alors qu’il n’avait même pas son certificat d’études en poche. C’était dans les locaux de Simplon, l’école de formation aux technologies internet créée par quatre jeunes et qui s’adresse à ceux qui n’ont pas, ou peu, profité du système scolaire classique. L’un des fondateurs, Frédéric Bardeau, me racontait tout aussi fièrement que les jeunes sélectionnés bénéficient d’une formation intensive de 6 mois non seulement gratuite, mais rémunérée. La formation est, en effet, ouverte prioritairement aux demandeurs d’emploi, aux allocataires du RSA, aux 18-25 ans, aux non-diplômés ou peu diplômés, aux personnes originaires de quartiers prioritaires et de zones rurales, ainsi qu’aux femmes, encore insuffisamment représentées dans les métiers techniques.

Au-delà de l’espoir et de la fierté retrouvés par ces jeunes qui se croyaient condamnés à vivre de petits boulots ou à basculer dans l’économie parallèle, la révolution positive proposée par Frédéric Bardeau et ses acolytes est une remise en cause du système éducatif français, car elle démontre qu’il est possible de faire de jeunes exclus de l’école les talents d’une économie de plus en plus dépendante du numérique. Il ne s’agit pas de " l'école de la dernière chance, mais l’école d’une sacrée chance".

Car le code, c’est l’avenir ! Comme le souligne Frédéric Bardeau, « Le numérique constitue l’une des seules branches professionnelles à pouvoir présenter une création nette d’emplois dans les années à venir. Des emplois d’ingénieurs bien sûr, mais aussi – et surtout – des emplois de développeurs, de chefs de projet Web, de community managers, de techniciens de maintenance, d’administrateurs systèmes, d’artisans des données, etc. » Autant d’emplois qui ne nécessitent pas des formations longues, ni de prérequis de diplômes ou de qualifications, autant de moyens de proposer à ceux qui ont un train de retard ou qui ont manqué d’opportunité de reprendre en main leur destin et d’avoir enfin une longueur d’avance.

Apprendre à coder doit être considéré comme aussi essentiel que d’apprendre l’anglais ou le chinois. Mais ne répliquons le modèle scolaire actuel, passons à une nouvelle façon d’apprendre. L’annonce de la création d’une « grande école du numérique » est à cet égard plus inquiétante que rassurante si elle n’est pas accompagnée d’une mise en perspective et d’une quête de sens. Car il ne s’agit pas seulement de former des développeurs pour fournir de la main d’œuvre à nos entreprises. Il s’agit aussi, et peut être surtout, de permettre à nos enfants de comprendre la société numérique dans laquelle ils vont grandir, travailler et vivre ensemble. Il faut donc bien aller plus loin.

Quand, à Issy-les-Moulineaux, nous proposons aux élèves du primaire des ateliers de codage dans le cadre des activités périscolaires ou que nous amenons les jeunes des centres de loisirs à l’Atelier d’Aldebaran pour programmer des robots, nous ne les préparons pas seulement au monde du travail. Nous ouvrons une fenêtre sur leur monde de demain, où ils devront comprendre le fonctionnement des algorithmes pour rester maîtres de leur destin.

Cette grande école du numérique ne doit donc pas seulement être un bâtiment avec ses classes, ses professeurs et ses élèves alignés derrière leurs tables, aussi bien équipée soit-elle. Elle doit révolutionner l’enseignement, remettre en cause l’organisation spatiale même des enseignements, à l’image de la « classe immersive » que Microsoft a mise en place dans son siège d’Issy-les-Moulineaux, à partir des échanges avec les écoles primaires de la Ville. Elle doit, finalement, ressembler à l’écosystème numérique : être agile, ouverte, collaborative.


Eric Legale