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  • Franck Ancel

scénographie datée ou post-scénographie des datas

« Nous sommes passés, en changeant de genre technique, insensiblement de la notion d’information ponctuelle à celle d’une information par réseaux. (…) C’est ce système complexe de machines à information que l’on peut qualifier de scénographie électronique ». C'est ainsi que le scénographe Jacques Poliéri (1928-2011) analysa – insensiblement – le basculement de l'ère mécanique à celle de l'électronique à la fin du dernier siècle. L'œuvre, par son intégration de la révolution abstraite dans l'art, devient un dépassement des disciplines artistiques dans la vie même. Lieu d'exposition et de représentation ne sont plus que des jeux virtuels élaborés en fonction de réseaux dont la numérisation planétaire contrôle avec ambiguïté l'orchestration de nos vies.

Alors que le prochain TEDxParis s'intitule [R]évolutions françaises, je place mon cinquième article pour la Revue du Cube sous le signe d'une mutation, d'une théorie de la scénographie née en France, sans pour autant faire croire que le numérique serait son cinquième élément. Un hexagone comme l'état d'une technique sont trop limités dans la vision de Poliéri. Sa scénographie prend sa source depuis des tracés par-delà les frontières tant spatiales que temporelles. Pour Poliéri, un mandala est aussi une scénographie. Sa vision artistique est celle de la création d'un territoire pour un environnement de formes par-delà le spectacle. Si la scénographie s'hybride désormais en connexion avec notre environnement digital, elle n'est donc plus un mouvement de lumières, un ensemble d'actions ou de paroles. Je pose celle-ci comme un réseau ouvert, non limité, numérique, entre une énergie contemporaine et une tradition créatrice.

Dans leur tribune du journal Libération du 3 avril 2015, deux informaticiens, Laurent Lefèvre et Jean-Marc Pierson posent la bonne question avec Le Big Data est-il polluant ? « Le Big Data est la ruée vers l’or des temps modernes. Comme sa glorieuse aînée, elle draine beaucoup d’espoirs - fondés ou non - et pose d’importants problèmes tout en permettant le développement de nouveaux territoires. Il nous appartient de veiller à ce que le coût environnemental de ces technologies soit contrebalancé - au moins en partie - par des progrès dans la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution. » De même, je tente de trouver, tant dans ma pratique que ma réflexion, une position juste que l'on pourrait concevoir comme un refus de croire à la seule positivité numérique dans un souci éthique d'une écologie des signes.

En même temps que se prépare le grand rendez-vous planétaire de la COP 21, la conférence sur le changement climatique, en France, une initiative en Île-de-France renverse l'acronyme en POC 21. POC 21 se propose d'insuffler une autre orientation sous licence libre, persuadé que ce numérique là est un des leviers majeurs pour continuer à respirer dans notre environnement digital. La scénographie n'est plus le décor d'une seule scène pour un type de spectacle mais bien un art d'êtres connectés, à l'heure de l'open source ; ce que j'appelle depuis quelques années post-scénographie, trouve ici tout son sens post-médiatique lorsque l'on renverse ainsi l'actuelle donne culturelle. Le message ne réside plus dans le médium mais dans des données ouvertes pour les créateurs d’aujourd'hui, par-delà toute [r]évolution.


Franck Ancel